Certains projets naissent autour d’une table, d’autres au détour d’un voyage. Projet Luna est né quelque part entre les deux — dans une salle d’activités colorée, au cœur de Guadalajara, au Mexique. En 2018, Fatène, alors étudiante, réalise son stage de fin d’études à l’Institut Municipal des Femmes. Sa mission ? Organiser des animations éducatives pour parler d’égalité, de citoyenneté et de non-violence à des enfants. Un sacré défi, qu’elle relève avec conviction.
Pendant l’été, un programme un peu spécial est lancé : le “Curso de verano para niñas”, un cours d’été dédié aux filles de 6 à 12 ans. Trois semaines d’ateliers ludiques autour des questions de genre, menés dans une ambiance joyeuse mais engagée. Parmi les participantes, une fillette attire l’attention : Luna, 7 ans, déscolarisée, victime de violences, mais incroyablement impliquée, vive et volontaire. Son regard, sa force, son besoin d’espace pour s’exprimer, marquent profondément l’équipe. Et c’est en pensant à elle que le projet trouve son nom.
Projet Luna, c’est une promesse : qu’il ne devrait plus jamais y avoir d’histoire comme celle de Luna.
De l’inspiration à l’action
De retour en France, Fatène n’oublie rien. Ni les ateliers, ni les sourires, ni les silences lourds de sens. En 2019, elle fonde l’association Projet Luna pour faire vivre cette démarche ici, en adaptant les pratiques découvertes au Mexique aux réalités françaises.
Et cette fois, pas question de s’adresser uniquement aux filles : les garçons sont intégrés dès le départ, pour créer une approche plus globale et inclusive des stéréotypes de genre, des violences et des mécanismes de domination. Le terrain est prêt. L’élan est là.
Mais 2020 arrive. Et avec elle, la crise sanitaire. Le lancement des premières actions est suspendu, les subventions doivent être remboursées… Il faut mettre le projet en pause. Une pause frustrante, mais aussi féconde.
Pendant ces deux années, Fatène poursuit son engagement auprès des jeunes via Unis-Cité, développe des partenariats, échange avec des structures sociales, des associations, des établissements scolaires. Elle affine sa vision, adapte les contenus, teste, écoute, recommence. Projet Luna continue de mûrir, en silence.
Le projet prend vie sur le terrain
C’est en 2022, dans le cadre d’un accompagnement par l’incubateur Atis, que le projet se déploie enfin sur le terrain. À ce moment-là, Morgane rejoint l’aventure pour contribuer à la première année d’ateliers. Ensemble, elles posent les premières briques du projet : formations, animations, partenariats… Mais en 2023, Morgane quitte l’association pour des raisons personnelles. La suite se poursuit avec une nouvelle équipe, portée par une conviction commune : l’éducation est une arme douce mais puissante.
Depuis, Projet Luna s’est structuré, a grandi et a trouvé sa place. L’association propose des ateliers ludo-pédagogiques fondés sur le développement des compétences psychosociales : apprendre à gérer ses émotions, identifier la violence, renforcer l’estime de soi, développer l’empathie, oser dire non, se protéger, coopérer.
Une mission qui s’élargit
Projet Luna intervient aujourd’hui auprès des 6-12 ans, mais aussi des 15-25 ans, parce que les besoins d’écoute, d’outils et de soutien ne s’arrêtent pas à l’enfance. Au contraire, ils se complexifient.
Les ateliers abordent des thèmes comme les violences de genre, le harcèlement scolaire, le cyberharcèlement, les discriminations, mais aussi l’intelligence émotionnelle et la coopération. Chaque intervention est pensée pour être accessible, ludique et profondément humaine. Pas de leçons descendantes, pas de jugements : juste un espace pour grandir ensemble, autrement.
C’est pour ça qu’on continue.
Parce que Luna n’était pas seule. Et qu’aucun·e jeune ne devrait l’être face à la violence.

